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Archicrée
Re-engineering tertiaire n°305
En matière darchitecture, la commande idéale n existe pas. Mais il y a parfois des exceptions, comme cette usine de microtechniques, située entre les lacs de Bienne et de Neufchâtel, dans la région de lindustrie horlogère et des activités de haute précision. La commande, était directe, raconte Jean-Luc Crochon, larchitecte. Elle émanait dun industriel qui voulait regrouper sous le même toit ses deux entreprises, tout en soignant limage de sa société. Cétait un vrai cas décole et nous étions face à une page blanche introduire un bâtiment de 6000 m2 dans un site exceptionnel, entouré de terres agricoles inconstructibles, aux confins dune colline boisée. Le rapport déchelles entre un édifice dune telle dimension
et le cadre rural savérait donc pour le moins déficit..
Ancrage dans le site
Le jeune maître douvrage, bien conscient de cette difficulté redoutait le pire un bâtiment de type grosse boite à chaussure~ Mais comment parvenir à léviter sur ce terrain plat, sans rien à quoi se raccrocher? ll fallait trouver autre chose. Restait il est vrai dans le site, en toile de fond, la colline du Mont Joli.
Cétait là, la solution sen servir comme référence En basculant la vaste toiture parallèlement à la pente de la colline, le futur bâtiment venait tout naturellement sintégrer dans son environnement Lon parvenait ainsi à gommer la prégnance de son impact et à préserver le paysage. Seule la vision aérienne ferait ressortir lampleur de lemprise et cétait sans conséquence, étant donné la configuration du terrain. Quant à la vue depuis le Mont Joli, elle ne laisserait paraître que la longue façade vitrée du centre de microtechniques, sans aucun effet de masse.
Surtoiture
Une fois acquise lidée de la vaste toiture inclinée, restait à la concevoir. ll était évident quelle constituait lélément phare du projet et quelle se devait dêtre à la fois très performante et esthétiquement parfaite. Lenjeu était de taille:
lobjet mesurait 120 m de long! Le spectaculaire résultat n a nécessité pourtant quune mise en oeuvre assez simple f Une toiture classique -en bacs acier nervurés supportés par une charpente métallique structurelle - sur laquelle vient reposer, à laide de plots ménageant un espace interstitiel, une sur-toiture constituée de bacs recouverts de plaques en tôle inox. Le raffinement provient dun simple problème de dimensionnement: du fait dune différence de 30 cm entre les largeurs respectives des bacs acier (90 cm) et des tôles inox (1,20 m), il a fallu plier ces dernières. Et ce sont ces pliures qui confèrent à la sur-toiture son élégance.
Organisation performante
Lusine de Gais sadresse à une clientèle de fabricants de portables, déquipementiers automobiles et de concepteurs de robots pour micro soudage ou micro dosage. Equipée de petites chaînes de montage, elle produit pour ces industriels du sur mesure et des prototypes dont la précision. est au demi micron prés. Face à la concurrence, il était important, pour le maître douvrage, que le bâtiment fédérant ses deux entreprises, remplisse deux missions: Exprimer leur image de technologie de pointe, dexigence, de précision, de durabilité et de qualité, et surtout, être un outil capable de mettre leurs espaces en synergie et de les valoriser tout en en préservant les spécificités. La présence des deux sociétés plaidait en faveur dun plan symétrique. Le bâtiment rectangulai-re, organisé de part et dautre dun accès central, se compose longitudinalement de quatre bandes parallèles dactivités distinctes : côté route, la zone des flux (personnel, visiteurs et livraisons), avec le parking et le quai de livraison, regroupes en boucle sous la partie basse de la toiture, puis deux grandes halles de production et de montage, ensuite les espaces ateliers, démonstration, salle blanche et noyaux techniques avec leur centre dusinage et leur stockage communs; enfin, le long de la façade vitrée, les espaces tertiaires et la cafétéria. Astucieusement, la géométrie du terrain et linclinaison du toit permettaient de séparer le flux VIP et doffrir à une clientèle choisie la possibilité, en venant se garer de façon un peu spectaculaire sur le parvis ménagé en toiture, daccéder directement à létage, sans aucun contact avec les flux du rez-de-chaussée.
La manière suisse
Les Suisses ont la qualité dans la peau et nhésitent pas à payer le prix pour lobtenir. Cette élégante usine, simple et pérenne en est lillustration. Beaucoup de soin a été porté à sa mise en oeuvre. Ses façades sont de deux types en bardage ondulé thermolaqué noir pour réduire limpact dans le paysage de la partie ateliers, et en tôle plane daluminium anodisé pour la zone bureaux. Côté ouvertures, elles alternent un jeu de grands châssis vitrés fixes toute hauteur (2,40 m x 3,50 m), de fenêtres dangles montées sur châssis haut dans le panneau lui-même afin dalléger la façade et des ouvrants de ventilation à bascule. Pour laménagement intérieur, les architectes se sont donné des règles: tout ce qui a rapport au sol est en béton.
Tout ce qui dépasse du sol ou nest pas en béton, est métallique, excepté le plafond en bois du hall Et comme en Suisse, on préfère dépenser plus dans la matière que dans la main-doeuvre, les dalles de planchers sont pleines, les poutres noyées dans le béton et le dessous des dalles, en béton brut, simplement lissé. La manière de travailler suisse diffère de la méthode française. Larchitecte jouit dun pouvoir important, les marchés ne sont pas tous lancés en même temps. Lestimation générale de départ est donc primordiale car lon commence à travailler tout en poursuivant les études. A Gais, lavancée du travail a été dautant plus rapide quil sopérait dans le monde industriel dont le milieu est plutôt direct Jean-Luc Crochon et Cuno Brullmann ont collaboré en équipes avec constructeur et ingénieurs helvétiques, chargés du suivi du chantier
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