Une Usine de Microtechnique
AMC n°128 octobre 2002



Fort d’une intégration intelligente dans un environnement de qualité, ce projet répond à la double exigence des maîtres d’ouvrage d’être à la fois un lieu de travail et un instrument de communication. C’est le dessin de la toiture qui a permis aux architectes de s’inscrire harmonieusement dans le site tout en conférant au bâtiment une identité forte en adéquation avec les activités de pointe qu’il abrite.
Implanter une usine technologique en quête d’image dans un contexte rural de qualité et peu construit, telle était la mission confiée aux architectes Cuno Brullmann et Jean-Luc Crochon. Il fallait donc, pour cette commande, résoudre le paradoxe d’un impact minimisé conjugué à la nécessité d’une forte visibilité. Le projet devait également être doté d’une grande fonctionnalité il abrite deux entreprises différentes exerçant des activités similaires notamment dans la gestion des flux.
La topographie du terrain légèrement en cuvette, situé au coeur des trois lacs suisses, a dicté la morphologie atypique du bâtiment — le vocabulaire architectural utilisé est en effet peu habituel pour ce type de programme et plus particulièrement la volonté de travailler sur une cinquième façade. Le site, un ancien champ de maïs, présente une double interface au sud-est, une zone boisée offrant des vues sur le Mont Joli et au nord-ouest, une zone résidentielle de faible densité. Le programme se décompose en trois entités principales traduites spatialement par trois bandes d’activités distinctes des bureaux avec locaux communs aux deux entreprises, une partie technique regroupant ateliers, stockage et halle de montage et, enfin, une zone importante de parking/livraison desservie latéralement en bordure de route. Le programme ayant imposé 70 % de la surface en rez-de-chaussée, seules les activités tertiaires s’étendent sur deux niveaux. Cette organisation spatiale selon un axe longitudinal a été conçue pour répondre à d’éventuelles extensions. L’ensemble du bâtiment, dont la structure est entièrement réalisée en acier, est recouvert d’une vaste toiture mono inclinée qui donne son unité au projet. Afin de ne pas perturber la lecture du paysage, la zone de parking/livraison est partiellement masquée grâce au prolongement de la toiture jusqu’au sol. En concentrant tous les flux d’un seul côté, les architectes ont évité la conception classique de la boîte ceinturée de parkings. De plus, la façade opposée — largement vitrée — des activités tertiaires s’affranchit de tout trafic et profite de vues directes sur le paysage. Chaque bureau est doté d’une baie vitrée fixe toute hauteur (2,4 m x 3,5 m) et d’une partie pleine de 1,2 m correspondant à la trame de la façade. Les ouvrants sont situés dans la partie supérieure des éléments pleins qui présentent en façade une tôle de finition en inox. Des stores extérieurs assurent la protection solaire des bureaux. Les façades des ateliers sont quant à elles constituées d’un bardage acier très foncé. L’accès principal (réservé aux clients et au public) se fait directement à l’étage au travers de la cinquième façade sur laquelle est implanté le parking visiteurs ainsi qu’un parvis menant au hall d’accueil. Ce dispositif permet de mettre en scène l’entrée principale tout en préservant le bon fonctionnement des activités industrielles du rez-de-chaussée.
La toiture classique est doublée d’une sur toiture composée de bacs inox maintenus sur une structure secondaire et recouverts par une tôle acier rivetée. Au-dessus des bureaux et des ateliers, des lanterneaux viennent ponctuellement éclairer et ventiler les espaces intérieurs. La partie de la toiture qui couvre les parkings est aléatoirement ouverte (seule l’ossature apparaît). A terme, les arbres et les plantations du parking émergeront de ces ouvertures et accentueront l’intégration du bâtiment au paysage. Cette toiture travaillée en double peau permet à la fois d’insérer intelligemment le projet au site en masquant partiellement le trafic de la zone de livraison, mais aussi de jouer le rôle d’un signal visuel fort, ce que souhaitaient les maîtres d’ouvrages.